
444 pages
Format A5
Police 12
N°isbn : 978-1-4477-2313-4
Illustration originale : Aline Desruisseaux
GENCOD : 3012410155017
Philippe GIGLIOTTI
Journaliste. Organisateur de voyages en Papouasie Nouvelle-Guinée :
http://www.voyagesenpapouasie.com/
http://www.flickr.com/photos/philippegigliotti/
... autre collaboration en cours
Pour le tout :
Mehdi DAROUX
Pour son soutien et son enthousiasme
Jeune réalisateur de talent.
Ibraham LANGEVIN
Pour sa collaboration fructueuse à chaque étape.
MiMi Batata, Jahida Navarro-Lassey, Nefer Lassey, Joséphine Roquevière, Kevin Delobelle, Evan Maucourant, Joachim Rebourg...
F.E.H HOPE
"[...] J'aimerais qu'il en soit autrement, mais la première partie de ma vie n'est ni plus ni moins qu'un cliché, le banal parcours d'un jeune homme "bien né". A l'époque je vivais tranquille, dans un beau petit loft situé dans le seizième arrondissement d'une des villes les plus convoitées au monde : Paris ! "Paname" pour les nostalgiques [...] Mon emploi du temps était simple : pas de métro, taf à cent mètres, très peu de dodo, sorties quasiment tous les soirs, dîners de gala, boites, restos... J'étais un dandy, un vrai fêtard et j'adorais ça ! [...] J'avais une profonde envie de changement, de bouleversement. Un rien m'agaçait. L' "ennui", ennemi mortel de tout homme, me guettait et s'immisçait en moi subversivement sans que je puisse le chasser. Alors, lassé de faire semblant en toutes occasions, je décidais d'agir avec la ferme intention de bousculer le cours de ma vie [...] L' "envie" me quittait peu à peu, alors que le désir, chaque jour, s'accroissait en mon coeur, un puissant désir de bouleversement, de renouveau, de changement... de "je-ne-sais-quoi" ? [...] Et puis, c'est la boîte de trop, où, le verre à la main, tu attends et entends les sempiternelles conneries que toi aussi tu servais à tour de bras, à qui de droit, et qui maintenant te donnent la nausée comme ce n'est pas permis [...] Je n'avais plus aucun projet professionnel, je n'avais plus de vie sociale. Sexuellement c'était le grand canyon. J'oscillais entre des vagues de désespoir et l'euphorie de mon intime conviction. La seule chose dont j'étais absolument certain, c'était que ce calme précédait une future tempête. Et comme le jour inévitablement succède à la nuit, il était logique pour moi de rebondir. J'aurais pu parier ma rente sur ça ! [...] Loin d'être un apollon, je me sais tout de même séduisant. A dire vrai, j'ai un certain succès auprès des femmes et, à mon grand regret, parfois auprès de la gente masculine également. Pourtant viril, et moyennement athlétique, ma silhouette ne souffre d'aucune ambiguïté et mon charme naturel allié à ma technique personnelle de séduction, font de moi un prédateur redoutable. En tous les cas, j'aime à le croire. Elle me sourit généreusement. Je fonds littéralement. Ses craquantes petites fossettes marquent au but et me voilà épris... Cela fait près de six mois que je n'ai pas eu le loisir de caresser la peau douce et sensuelle d'une femme. Exactement cent quatre-vingt un jours que je n'avais pas fait l'amour. J'avais faim, très faim, et cette heureuse rencontre sonnait pour moi comme le terme de mon célibat. [...] Ses traits ce sont durcis et ses yeux semblent plus foncés, presque noirs. Sa bouche jusque-là souriante reste droite et sévère. J'éprouve une crainte, je dirais même de la peur... Cela peut paraître insensé, mais j'avais eu à cet instant l'impression de ne plus avoir à faire à la même personne. [...] Je m'en voulais de n'avoir été obnubilé que par des pensées lubriques, faisant abstraction de toute notion de prudence ou même de politesse. [...] Elle s'arrête tout net, et moi je suis scotché ! Qui lui a parlé ainsi de moi ? Qui est cette meuf ? Que me veut-elle ?A quoi on joue là ? Je libère ma main de sa prise et je me lève brusquement. Je n'étais absolument pas préparé à recevoir de telles révélations, d'autant que tout ce qu'elle venait de me dire était vrai ! Je me sens vaseux et cette fois je flippe grave ! [...] Debout, impassible, elle continuait à me sourire, sûre d'elle comme la tranchante lame qui atteint son but, ici, le coeur de mon coeur, l'antre de mon assurance... [...] La jolie et douce Anaïs, celle qui après m'avoir séduit, m'avoir envoûté, celle que j'avais désirée, presque aimée puis redoutée. Cette jeune et magnifique femme, aussi attirante qu'inquiétante, se tenait là, recroquevillée sur elle-même, en position foetale. Tout son corps s'agitait ébranlé par de vives secousses. Elle convulse. Je panique ! [...] Son corps se contorsionne dangereusement, j'ai l'impression que tous ses os se sont ramollis, comme liquéfiés, ses bras et ses jambes... comment dire ?... ils semblaient être désarticulés, disloqués... Sa poitrine se soulevait frénétiquement dans un rythme inhumain. Un râle rauque assourdissant sortait de sa bouche à peine ouverte. Elle souffre, j'en suis sûr. Il faut que j'appelle les secours. Je cherche du regard mon portable. Je le pose toujours sur la petite table de l'entrée avec mes clés, mais pour l'atteindre...il va me falloir passer devant elle... Comment faire ? Brusquement, elle se raidit, coupant court à ma réflexion. Tout son corps a recouvré une apparence normale, bien que ses cheveux, plaqués sur son visage, m'empêchaient de distinguer son faciès. Elle ne bouge plus... Je crois qu'elle ne respire plus... [...] Et à cet instant, un effroyable grondement retentit derrière moi, d'une force à faire vibrer les murs de mon appartement. Je me retourne, terrorisé. A travers les vitres, des éclairs bleus envahissent le ciel nocturne. La pluie se transforme en grêle violente, agressive, redoutable. [...] Je ne sais toujours pas, à ce jour, expliquer ou justifier ma totale incapacité à agir logiquement, rationnellement, cette nuit là. Avec toute la bizarrerie de cette soirée, je crois que j'avais tout bonnement perdu la raison ! Mais, m'approchant du sofa, j'allais découvrir une chose encore plus hallucinante : elle avait disparu... [...] Hagard, sûrement blafard, je me pose sur le sofa. La cire chaude me brûle les doigts. J'essaye de réfléchir, mais mon esprit est englué dans une mélasse d'incompréhension totale. Je reste là plusieurs minutes sans bouger, comme un androïde en mode arrêt. Pas de sensations. Pas de réactions. Pas de sentiments. Juste là, en totale inertie. Les cliquetis sur les vitres ont cessé. La pluie semble s'être calmée. Je me sentais anéanti, fatigué à un point qui m'est difficile de décrire. Je commençais à me demander si tout cela n'avait pas été un horrible cauchemar ou pire, qu'au resto quelqu'un m'avait peut-être drogué à mon insu... Et alors que cette hypothèse, un tantinet paranoïaque, devenait de plus en plus plausible à mon esprit, j'entendis une voix grave m'interpeller :
"[...] Le grand bazar d'Istanbul, vaste labyrinthe avec ses quatre milles boutiques au coeur de la ville... [...] Surchargé des épaules jusqu'au bas du dos (une véritable silhouette de tortue), je m'engouffrais sous l'arcade blanche, l'entrée principale du bazar, avec un grand sourire aux lèvres et le visage rayonnant. [...] Personne dans ma situation n'aurait pu garder une telle sérénité, je voulais vraiment partir, m'enfuir, mais je n'arrivais pas à prendre cette ultime et définitive décision [...] Le jour suivant fut pour moi le commencement d'une série de journées plus étranges les unes que les autres, des instants que je ne suis pas prêt d'oublier [...] Je me dirigeais alors vers la porte qui était à quelques pas seulement du tabouret, mais voilà... J'avais beau avancer, la distance qui me séparait de l'entrée ne s'atténuait pas, c'était comme si je marchais sur un tapis roulant... [...] Après avoir insisté ardemment, au point de m'épuiser un peu plus, je fus pris de panique et je me mis à appeler au secours, espérant que Can viendrait me sortir de là [...] De temps à autre, je perdais connaissance, épuisé, éreinté, anéanti. Je n'éprouvais aucune faim pas même le besoin de boire. [...] Je parlais à DIEU. Je lui demandais Son Secours. [...] Je le suppliais, les yeux baignés de larmes :
"[...] Neuf jours s'étaient écoulés depuis mon départ de l'aéroport d'Ashkhabad. J'avais abandonné la voiture à une centaine de mètres du terminal, après avoir soigneusement effacé toute éventuelle empreinte digitale à l'aide de mes mouchoirs et d'un peu de désinfectant cutané [...] Cette ville se trouve à près de 1800 mètres d'altitude, c'est à la fois la capitale du pays mais également sa plus grande ville. Elle est encerclée par deux chaines de montagnes imposantes.Certains disaient d'elles, qu'elles avaient la fonction de protéger la cité de ses ennemis. [...] J'étais si épuisé, mentalement, physiquement, psychologiquement... Je voulais juste m'allonger et dormir, dormir pendant des jours... Et c'est exactement ce que je fis, et ce dont j'avais terriblement besoin : un break salvateur. Pendant huit courtes journées ponctuées par l'appel à la prière du Muezzine, je restais cloîtré dans un hôtel du centre de Kaboul, un hôtel haut standing avec le nécessaire et le superflu. En somme, tout pour plaire à un homme à qui le confort et le luxe manquaient cruellement. [...] Je refusais de mettre les pieds dehors, j'avais si peur d'y rencontrer quelqu'un, une personne qui m'entraînerait dans une situation fâcheuse, une nouvelle galère que je redoutais du plus profond de mon âme et que je n'aurais sûrement pas été capable de supporter. [...] J'étais en nage en me réveillant, les yeux gonflés de larmes. Je savais bien que ce "mal" était en train de me rattraper... Oui c'est ce qu'il faisait à la vitesse grand V. La tête vidée, le coeur vidé, l'âme vidée, je restais toute la journée dans mon lit, recroquevillé comme un enfant apeuré... [...]
"[...] Dans cet environnement hibernal où le lourd manteau blanc de l'hiver avait recouvert d'une épaisse couche de neige glacée toute la surface de la terre, je marchais péniblement et, comme tous les passants, au ralenti, diminué par le froid glacial. [...] Kemerovo se trouvait au sud-ouest de la Sibérie [...] je cherchais désespérément à capter le regard secourable de quelqu'un, mais malheureusement ce fut peine perdue... Une fois dans la lourde berline gris métallisé, je n'avais plus d'autre choix qu'espérer de toutes mes forces qu'aucun mal ne me soit fait [...] Je buvais chacune de ses paroles, en même temps que je me régalais à l'observer comme un sujet d'étude. L'analyse discrète d'une personnalité hors du commun. Car enfin, son verbe, sa posture, ses mimiques, jusqu'à sa démarche, rien ne concordait avec l'apparence qu'il avait. J'avais l'impression que celle-ci n'était autre qu'un camouflage voulu pour dissimuler l'homme de poigne et d'arme qu'il était. A cet instant, je n'aurais su dire si ce colonel était un homme dangereux ou pas. [...] Sa beauté n'était pas transcendantale, mais elle dégageait un charme fou. Ses cheveux tirés dans un chignon volumineux, me laissaient deviner leur sensuelle longueur; [...] Etait-ce l'endroit, le moment approprié pour draguer ? Non ! Cent fois non ! Mais c'est ce que je fis à la seconde où elle me demanda de la suivre pour m'indiquer ma chambre... [...] En effet, tout chez cette femme m'attirait avec une force à laquelle je ne sus résister. J'ignore si son uniforme était la réelle cause de mon excitation, ou s'il s'agissait réellement de son charme, de l'aura sensuelle qu'elle dégageait [...] J'avoue que c'était gonflé de ma part, mais j'avais l'attitude d'un condamné à mort qui saisissait au vol toutes les éventuelles possibilités de bonheur, même des plus éphémères. J'étais pressé, impatient, comme s'il s'agissait de mon unique chance de conclure et, dans ce qui me semblait être une réalité d'urgence, je n'avais rien à perdre. [...] J'avais le coeur apaisé, l'âme sereine, je me sentais si bien. Je marchais d'un pas lent et j'appréciais réellement ce moment de grâce qu'aucune contrariété, au début, ne vint altérer. Depuis mes retrouvailles avec Macassambi, tant d'événements, des plus étranges aux plus tragiques, avaient ponctué mon incroyable périple. [...] Même si cela ne m'annonçait rien de bon, continuant ma promenade, emmitouflé dans mon épaisse parka, les pieds au chaud et l'esprit clair, enclin à une efficace cogitation, j'étais sûr, à ce moment là que j'avais raison. Le mystère des chambres était résolu. Qu'en était-il du reste ? Les salles de bains ? La piéce aux tissus où j'avais failli perdre la vie ? ... Comment avais-je pu garder tous mes esprits ? Comment étais-je sorti indemne de toutes ces épreuves ? [...]"
